Zeus gardien
Londres - St-Martin's
 




 
 
LES 5 TENDANCES DES ETUDES DE MARCHE DU FUTUR
Contribution au chapitre 21 le Marketing du futur

 
 

LE QUALITATIF
5 nouveaux regards pour 2018

1. Le renouvellement des sciences de l’homme et de la société
(Le nouveau regard analytique)

2. L’ère des connivents
(Le nouveau regard ethnographique)

3. Le décodage du silence
(Le nouveau regard sémiologique)

4. Les études proactives
(Le nouveau regard participatif)

5. La révolution typologique
(Le nouveau regard sociétal)


1. Le renouvellement des sciences de l’homme et de la société – les experts des sciences molles durciront leurs points de vue

(Le nouveau regard analytique)

Les sciences molles vont monter en puissance et prendre une position plus radicale, plus volontariste. Dans un monde de plus en plus en quête de sens, satisfaire  cette dernière sera  la mission de l’intelligence cognitive dont le principe essentiel est la reconnection de tous les savoirs. Il s’agira de plus qu’un simple prolongement des courbes actuelles, il s’agira d’un retour aux sources.

Le philosophe sera invité aux réunions stratégiques. De quoi parlera-t-il ? Des principes de la pensée, de la réalité et des finalités ontologiques – c'est-à-dire de l’être du consommateur, indépendamment de ses déterminations particulières. Il dira le comment et le pourquoi de l’essence même des attitudes et des comportements. Le post-modernisme ne sera plus qu’un souvenir nostalgique d’intellectuels chagrins. En 2018, l’heure sera à la Nouvelle Renaissance… ou la Dystopie Apocalyptique.  C'est-à-dire à la conscience des cycles longs : ressourcement dans un passé fort, fondateur, euphorique ou doloriste.
La Renaissance sera qualifiée de « nouvelle », et c’est bien ce qu’elle sera, si tant est qu’elle soit. Quant à l’Apocalypse, on la dira « dystopique » –  utopie inversée, espoir anéanti,  avenir détruit –. pour faire genre et noyer le poisson de l’horreur du monde dans un verbiage écran de fumées acides.
Courage, rien n’est joué.

Le regard des sciences du sacré  relie le microcosme et le macrocosme. Une interprétation plus pertinente se fera jour sous l’angle d’un recours aux textes anciens, à l’histoire des civilisations,  l’analyse des grands cycles et des grands textes ésotériques.

La psychanalyse fera sa révolution copernicienne en découvrant les trous noirs de l’inconscient. L’interdisciplinarité, le transculturalisme, la cross fertilisation seront au cœur des dispositifs d’interprétation du monde de la consommation.

L’expertise du monde marchand – compris comme étant une métaphore du grand schéma organisationnel de la vie même – sera toujours  éphémère, aléatoire, fuyante… ce sera une course aux interprétations toujours renouvelées et enrichies par toutes les sources. De nouvelles et inépuisables ressources seront disponibles pour chacun. Wikipédia et ses avatars en annonçaient l’insondable richesse.
Des gurus d’un quart d’heure, experts passagers mais indispensables, feront des bilans au jour le jour et leurs livraisons feront avancer enchantement et désenchantement selon qu’ils soient du coté de l’utopie – oiseaux de bons augures, ou du côté de la dystopie – oiseaux de mauvais augures.

Tout se passe vite mais il est vrai que la notion de vitesse est relative. Disons que tout ira très très vite par rapport à nos indicateurs actuels de 2008.

La décélération de l’histoire n’est pas pour 2018. De fait,il faudra attendre encore un peu pour entrer dans la période de grande saturation au cours de laquelle les limites de résistance du psychique et du mental de l’espèce seront atteintes. Cette dernière s’en sortira  sans doute par une grande révolte de la pensée. Pour l’instant la résilience fonctionne encore et retarde cette échéance. Cette utopie future prendra le nom convenu et bienvenu de renaissance.

Un nouvel hexagramme herméneutique servira de point d’appui qui reprendra les six regards culturellement corrects hérités du XXème siècle – dont la pertinence restera acceptable – et qui s’enrichira de la double approche du symbolisme et de la mythodologie qui réhabilitera les études sur l’imaginaire. Des auteurs comme René Alleau et Gilbert Durand seront reconnus comme les inspirateurs, les inventeurs de ces trésors d’efficacité interprétative du monde.

On s’intéressera à des nouveaux registres d’interprétation : émancipation, ordre, jouissance de soi, communion, évasion, accomplissement, surnaturel, surhumain…

Autant insister : l’expertise de la consommation sera celle de l’essence même de l’être au monde de chacun. Entre dystopie (vision désenchantée et apocalyptique) et utopie (vision réenchantée et euphorique) il faudra bien choisir. On peut penser que la Renaissance future aura ses partisans acharnés. D’autant qu’elle sera un marché considérable.
Selon que le monde sera du côté obscur de son avenir, ou du côté lumineux on peut se demander ce qu’il en sera des études de marché.
Côté lumineux, les études dans un monde utopique s’inscriront dans un cercle vertueux : comprendre pour réenchanter, accompagner pas à pas les gens pour les aider à se reprendre en main… tâche exaltante, l’avenir est radieux. Pensons-le mieux, plus finement.
Côté sombre, les études dans un monde dystopique s’inscriront dans un cercle vicieux : comprendre pour survivre, accompagner le social pour qu’il ne crève pas de son propre malheur – tâche absurde, la fin est proche.

Les produits de consommation seront connectés entre eux, auront leurs vies propres, s’autonomiseront et d’immenses champs conceptuels et sensationnels (au sens propre) permettront aux marques de réinventer des histoires, aux consommateurs de s’aventurer dans une consommation à la fois marchande et mentale.
Et quoiqu’il en soit finalement dans la tension entre dystopie et utopie, on consommera de l’espoir encore longtemps. Les histoires des produits seront les nouveaux contes populaires. Même structures, même histoires, même (dés)espoirs.

Et les NTIC dans tout ça ?

Elles auront, comme on vient de le voir, bouleversé la notion actuelle de produits – qui seront donc des concepts utopiques chargés d’émotions. Les NTIC concerneront les études par l’accès fulgurant qu’elles offriront à toute la connaissance du monde, à toutes les cultures, à toutes les idées et les prises de position. Les chercheurs auront à leur disposition la bibliothèque monde sans cesse remise à jour. La qualité intuitive des moteurs de recherche va challenger l’inspiration du chercheur. Sa maîtrise de la sérendipité deviendra un art en soi. La connaissance ne sera plus formelle et académique mais intuitive et émotionnelle.

Surfer sur les multitudes

Maîtriser la sérendipité sera le grand challenge qui est la caractéristique d'une démarche qui consiste à trouver quelque chose d'intéressant de façon imprévue, en cherchant autre chose. Les analystes les plus performants seront aussi les plus impliqués. La distance critique ou la prise de recul hautaine n’auront plus aucune efficacité.

Pour autant rien n’épuisera le mystère de ce monde.

On repoussera les limites mais les frontières continueront de narguer les chercheurs. Peu importe. Le propos des experts ne sera pas de donner les clés mais de montrer les portes à ouvrir.
Les enquêteurs ne vont pas seulement s’attacher à l’extériorité mais aussi à l’intériorité. Entre le mou, le soft des sciences humaines et le hard, le dur des mathématiques et des sciences exactes, il faudra compter sur le cotonneux des sciences du cerveau.
Ils en sauront davantage sur les gens que les gens eux-mêmes. Peut-être les enquêtes se passeront comme autrefois avec l’échange de Polaroid. En partant ils offriront les informations à la personne qu’ils ont investigués.

Rien – c’est à la fois un espoir et une certitude –  n’épuisera le mystère du monde.

Les études qualitatives devront ouvrir ces portes et préparer l’ère des connivents.


2. L’ère des connivents

(Le nouveau regard ethnographique)
Dans un monde de plus en plus en quête de cohésion : un cheminement commun entre chercheurs et consommateurs renouvellera radicalement les démarches de recherche.

Accolés - sans être soudés - au vécu des consommateurs, les chercheurs en science de la consommation seront de plus en plus impliqués dans les process sociaux et les scenarii d’existence des gens car les produits de consommation seront intégrés plus que jamais dans les mythologies quotidiennes. On comprendra mieux comment ils organisent la pensée, le vécu, le rapport de chacun au monde. Leur triomphe ou leur déchéance fera l’objet de récits, de fictions articulées sur le désir de chacun. Mais ce désir sera fondé sur des histoires communes, partagées et véhiculées par des porte-parole. Il faudra donc être à l’écoute de ces derniers.

L’écoute des chefs de clans, la recherche des passeurs, la connivence avec les inspirateurs des communautés de sens, d’intérêt, de passion seront au cœur de nouveaux dispositifs de veille.

L’expert en sciences de la consommation sera à la fois une éponge et un shaman. Intercesseur entre le producteur et le consommateur, entre le pouvoir et le peuple, entre le sacré et le profane,  entre l’offre et la demande, il sera au cœur d’une médiation entre les esprits des objets et la tribu des consommateurs, entre le sol qui produira encore le pain et le ventre des citoyens.

L’éponge absorbe le monde et le restitue

Le shaman est prêtre sorcier, devin et thérapeute

Une ethnologie non intrusive se mettra en place. On assistera à l’émergence des informateurs socioculturels, des connivents – les taupes ethnographiques, nouvelle race de témoins  embedded , chaleureux, nécessairement empathiques, dont le rôle sera d’être les médiateurs shaman. Par endroit, par moment – et de plus en plus – une solidarité anthropologique deviendra la norme. Les premières étapes seront celles de l’alliance puis viendront celles du partage. Les études seront les lieux d’une co-création.
Ce travail d’empathie sociétale convoquera les dispositifs des réseaux sociaux qui seront de plus en plus glocaux (planétaire et villageois) et générateurs d’échanges. Le connivent sera à la fois acteur et spectateur.


3. Le décodage sémiotique des silences, des gestes, des rituels

(le nouveau regard sémiologique)

La parole et les mots resteront un passage obligé. La conversation sera toujours à l’ordre du jour. Elle sera sans doute réhabilitée. Elle ne sera pas qu’un lieu de séduction – elle le restera mais on saura lire entre les lignes. Car si l’époque ne sera pas encore saturée d’elle-même, elle sera très bruyante, sans doute insupportablement bruyante.  Le silence sera une vertu adaptative. Parfois le seul refuge.

Il faudra le décoder. On inventera donc des méthodes inspirées des non voyants et des mal entendants. Le décodage du non verbal, l'analyse de la gestuelle et micro-gestuelle humaine qui relevaient plutôt de l’inconscient passeront sur le conscient et un nouveau langage devra être analysé. Les rictus, les froncements de sourcils ou encore les clignements des yeux avaient été largement répertoriés par Birdwhistell dans son analyse “kinésique”, celle du langage corporel, en proposant des "kinèmes" sur le modèle des phonèmes pour la parole. La diffusion des pratiques de silence, le triomphe des gestes et des rituels – toujours en complément de la conversation anodine ou savante –  permettront aux nouveaux sémioticiens du métalangage de valoriser leurs recherches.

Les sociétés d’études enverront des drones furtifs dans les foyers, dans les espaces publics, dans les espaces les plus privés recueillir les images de ces pratiques. Un code de bonne conduite sera-t-il mis en place ?

Les études de plus en plus en plus pourront avoir lieu à distance.


4. Les études proactives

(Le nouveau regard participatif)
Dans un monde de plus en plus en quête de sensations : un cheminement commun entre chercheurs et consommateurs.

Les technologies des jeux en ligne vont pousser plus loin la pratique de la réalité augmentée.
Les limites entre fiction de soi et réel du monde vont se diluer. On jouera, on tuera, on aimera, on copulera avec des avatars dont on ne saura plus à quel monde ils appartiendront. Confusion des sentiments.
La disponibilité immédiate de tout le savoir du monde à portée d’un claquement de doigt et non plus de souris (l’ubiquité informatique aura rendu caduque l’usage de cet objet et de sa métaphore) donnera un sentiment de puissance, d’intelligence, de maîtrise encore jamais atteint.
Autre confusion ?
Ce sera une des questions à résoudre. De ce sentiment de confusion naîtra la certitude d’une fusion. Vite résolue : les deux mondes n’en feront plus qu’un et cela ne posera guère de problèmes. Car bien entendu, les règles du jeu changent dans l’ère 2018.

Ces techniques seront disponibles pour toutes les activités de la vie. Le Grand jeu sera un au-delà du jeu. Les jeux inspireront toutes les pratiques. Un au-delà du « je », aussi. Hermann Hesse l’avait prévu dans son roman Le jeu des perles de verre. A relire d’urgence cette formidable réconciliation entre vie intellectuelle et vie spirituelle qui suggèrent que ces deux aspects ne peuvent être réunis
que par un troisième: l'action et l'engagement dans la vie.
Faust ou Prométhée ? La mythologie – on l’a dit plus haut – ne sera jamais bien loin. La jouissance du monde sera forte…et plus dure sera la chute ? Pas sûr. On s’adaptera. L’espèce en a vu d’autres.

Qu’est-ce que ces technologies suggèrent pour les études ?

L’implication de plus en plus grande des consommateurs ne sera pas simplement liée à ces technologies. Elles auront peut-être permis d’illustrer et d’accélérer un rapport nouveau aux produits de consommation mais les chercheurs en science de l’homme et de la société de consommation ne devront pas s’arrêter à ce constat.

La consommation se développera sur une espérance sensorielle élargie. Un produit de consommation devra être étudié sur sa capacité à créer de l’émotion : joie, révolte, admiration, amitié, amour, honte, expérience esthétique, gêne, dégoût, bien être,  indignation, crainte, enthousiasme, aversion, inspiration… Acheter sera participer. Règle sportive, règle ludique : l’essentiel est de participer. Plus que jamais. To be part of it. Tiens, l’anglais. La langue mondiale ? Sans doute. En tout cas en 2018.

Les produits devront être les héros de ces aventures psychologiques et les NTIC ne seront que des moyens supplémentaires d’en saisir les enjeux.

La connaissance de l’intérieur de l’âme humaine se fondera sur l’intuition créative et empathique.
Les études seront des fêtes – leur neutralité est disqualifiée parce que ce n’est plus l’enjeu. La neutralité sera démasquée. Soyons juste : elle a eu sa une fonction. Donner le pouvoir aux observateurs. Ceux-ci sont devenus acteurs, observacteurs. Ce rôle était aussi imparti au consommateur. Tout cela c’était autrefois.

Les études auront une vocation d’interpellation sociétal et marketing : tout sera jeu. Les études qualitatives devront s’installer dans les nouveaux espaces sensoriels – lâchant les connivents embedded et les drones de silence en chasse pour se frotter au monde, pour participer de l’état du monde…

C’est dans les techniques de restitutions de ces expériences participatives que se fera la différence de qualité entre prestataires.
Ce qui renvoie à l’expertise nécessaire de la première proposition : que sera un bon shaman ?

Qu’en sera-t-il par exemple des pré-tests ?
La publicité transformera de plus en plus le vrai en fable, en conte, et se racontera sur une scène mythique. Cette scène, ce sera le Net, un peu de presse, beaucoup d’affichage interactif  à la manière de Minority Report c’est-à-dire une scène totale - qui ne sera  pas tout à fait la scène de la vie mais l’annoncera et la métaphorisera. On mettra donc en scène – dans de vrais théâtres –  les pistes créatives proposées- cette théâtralisation du réel, cette mise en scène du « vrai » permettra de coller au plus près de l’essence même de la publicité. Notons d’ors et déjà que c’est le destin annoncé de l’industrie du disque ( les artistes gagneront leur argent sur scène), de l’industrie du livre ( les écrivains gagneront le leur dans des conférences, des road-shows). On pré-testera en live (avec des comédiens) des séries de créations (pistes sous forme de petits sketches) publicitaires déclinées dans des saynètes de 2/3 minutes. Accélération généralisée obligera. L’attention sera minimale. Le psychosociologue rompu aux techniques du marketing devient chef d’orchestre, animateur de café concert, meneur de revue.
Mais gageons que le concept même de pré-test sera obsolète.


5.  La révolution typologique
(Le nouveau regard typologique).

L’extrême fluidité du monde rendra caduque toute tentative de fixer les types sociaux. Les classifications ou plutôt le corps sociétal lui-même s’organiseront  sur un autre registre … ce que précisément révèleront les regards des nouvelles sciences molles.  Non nova sed nove – rien de neuf sous le soleil: une même organisation symbolique du monde, une structure vaguement familière,  la même depuis la nuit des temps, celle du macrocosme et du microcosme, en perpétuel changement et toujours identique – sans jamais le sentiment de s’affadir. Chacun sera un type en soi dans la certitude d’un scénario à la fois unique et universel, à savoir que le secret de la jeunesse c'est de sortir de l’indifférencié, celui de l’âge mûr c'est de le retrouver. Se distinguer, émerger, affirmer sa différence puis, plus tard, ayant accompli cette mission, retrouver les empruntes de l’espèce humaine, en suivre les traces, et se fondre à nouveau dans le conte du monde, c’est le secret même de la condition humaine. Les NTIC nous y avaient préparé : leur graal absolu était le ONE to ONE, le PEER to PEER, le message unique pour un consommateur unique. Nous assisterons donc à une ultra personnalisation  des études, chaque individu sera exceptionnel.
Cette nouvelle typologie improbable – il n’y a plus de types il n’y a plus que des monotypes –  imposera aux études de tisser les liens, de repenser les repères sociaux face auxquels les marques devront se positionner.

Cette fragmentation sociale généralisée débouchera sur une autre dimension : les études « sociales », moins exclusivement au service de la consommation ou plutôt totalement dédiée à la personne unique  - coach de l’âme.

Envoi

Les mots clés, les mots magiques du Bureau d’Etudes de demain seront sans doute

  1. l’idée de « boutique research »  qui suggère une approche affinée, raffinée, exclusive – un service intellectuel et sociétal 360°
  2. l’idée de « dévolution » - le savoir des études ne sera plus entre les mains des experts des marchés mais des acteurs du monde d’aujourd’hui … sémiurges, impliqués dans la création des signes et des symboles du temps, les comprenant de l’intérieur, les fixant sur les écrans des utopies à venir.
  3. l’imaginaire sera le bien public universel. Les études qualitatives en seront l’hyper-marché humaniste.

à suivre donc

Christian Gatard


 
 
François Saint-Cast
 
 

La montée en tôle ondulée des prix des matières premières, dans une perspective de quasi épuisement de certaines (pétrole, gaz, minerais,…), la moindre fertilité des sols aiguisent les rivalités internationales et créent des tensions sociales.

Le temps des think tank arrive car les instances d’Etat s’engluent dans leurs lourdeurs bureaucratiques et leurs rivalités claniques. Le fonctionnement international en réseaux de nombreux anonymes apparaît de plus en plus créateur d’idées et de solutions simples pour épargner des ressources naturelles très convoitées. Les générations Internet quelque soit leur âge quittent les circuits classiques d’influence, franchissent les frontières et créent des communautés internationales qui s’opposent de plus en plus aux ordres politiques locaux. Ce d’autant plus facilement que l’élargissement du commerce mondial tisse quotidiennement une toile de réseaux toujours plus denses et plus vastes.

Les propos belliqueux des uns et des autres au nom de leurs peuples respectifs inquiètent ces communautés. Les relations avec la Chine se tendent depuis l’affront des jeux 2008, elles s’aggravent lorsque l’économie chinoise corrige ses excès et connaît une profonde crise financière qui ruine une grande partie des épargnants et se propage à l’ensemble du système financier international; le gouvernement se servira alors de l’occident comme bouc émissaire, pour masquer ses propres incompétences et turpitudes. D’une façon générale l’opposition Nord Sud s’exacerbe devant les pénuries de ressources et la montée en puissance des pays émergents.

Heureusement les communautés internautes vont réussir à imposer à de nombreuses démocraties l’idée de créer au sein des institutions une chambre de représentants non élus via le Web, donnant ainsi forme au principe de participation via la e-démocratie. Malheureusement, les Nations ne vont pas toutes adopter cette innovation démocratique, et de nouvelles alliances se trament. Mais inexorablement une communauté transnationale de personnes de plus en plus nombreuses discutent et disputent des lois de leurs principes, de leur équité, de leur application… dépassant ainsi les clivages nationaux en proposant des solutions opérationnelles aptes à satisfaire le plus grand nombre.
Cette e-démocratie va bouleverser totalement les équilibres politiques traditionnels et transcender les clivages nationaux. Fondée sur une représentativité ne tenant compte que du sexe, de l’âge, et du niveau d’étude elle autorise les plus humbles comme les plus brillants à confronter leurs idées sans qu’aucun ne pèse plus qu’un autre. Ce mouvement va arracher aux élus des pouvoirs et imposer de nouvelles politiques tant à l’intérieur des Nations qu’à l’échelle internationale.

L’influence des réseaux et des communautés laisse présager une ébullition intellectuelle foisonnante qui à terme débouchera sur des découvertes majeures sur l’utilisation et le développement d’énergie renouvelables, principalement dans les techniques de production de l’hydrogène qui représente assurément la source énergétique du XXI siècle.

François Saint Cast

Docteur en Sciences Économiques, Université Paris XII.
Membre du groupe de Recherche et d´Analyse des Théories Institutions et Conventions Économiques, laboratoires d´accueil des doctorants de l´Université Paris XII.
Membre du comité de rédaction des cahiers du GRATICE, revue semestrielle du laboratoire.
Intervenant à l´Institut du Management Commercial (Université Paris XII).
Consultant économiste, marketing relationnel.

fsaintcast@diagnosticetsystems.fr
http://www.diagnosticetsystems.fr/accueil.php



 
 
A la recherche des prospectivistes
 
 

Les navires de gros tonnages impressionnent par leur force de frappe. Les commandants de bord du haut des ponts  ont vu sur le très lointain horizon et peuvent convoquer de puissantes ressources pour déterminer et la trajectoire et la destination. Des centaines de chercheurs, des universitaires, des savants en tous genres s’affairent dans la salle des machines. Les subsides proviennent des politiques. Les institutions endossent. Ou vice versa.

Radeaux et pirogues, frêles esquifs – évidemment c’est la métaphore maritime qui veut ça – semblent plus faire du cabotage, pour ne pas dire du cabotinage…

Pour cette nouvelle livraison de l’escale prospective nous commençons par proposer des liens vers les acteurs et les auteurs qui nous semblent mériter le détour. Après tout le futur est un voyage…



René Duringer

Eric Seuillet

Olivier Parent

Philippe Durance


Joel de Rosnay


François Saint-Cast

Philippe Cahen



 
 
Prospective, prospectives
 
 

e-dito et le Bureau d’Etudes Gatard et Associés ouvrent ici une escale prospective. Une escale prospective? Un point de convergences, un lieu de rencontres et un carrefour. C’est aussi un lieu de passages et le point de départ d’excursions vers ce qui peut nous arriver de meilleur… ou de pire.

L'ESCALE prospective d’e-dito est fondé sur quelques idées simples :
- la prospective relève tout autant de l’anticipation que de l’implication
- la prospective est une question de visions et de souvenirs
- la prospective n’est pas une idéologie solitaire, c’est une construction collective.

Cette ESCALE sera alimentée au fil de l’eau, c'est-à-dire en permanence. Elle sera inspirée par nos travaux personnels et nos rencontres avec les acteurs de la prospective d’aujourd’hui. Nous vous reparlerons très vite de René Duringer, créateur inspiré de smartfutur.fr , de Philippe Cahen, sentinelle des Signaux Faibles, d’Antoine Couder et son œil de lynx (mais lui vous le connaissez déjà pour ses contributions à e-dito)  et de tous les gens que nous rencontrons tous les jours dans nos études… citoyens, consommateurs, acteurs du monde d’aujourd’hui.

La prospective est dans l’air du temps. Ce n’est pas un effet de mode, c’est un effet de nécessité.

1. Parce que les medias (au sens le plus large de toutes les informations qui arrivent à nous) informent et nous conforment – quoiqu’on en ait –  à un certain ordre annoncé du monde, nous nous ajustons à ces perspectives. L’abondance d’informations, de visions, de points de vue apparaît un peu chaotique. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle mais autant avoir à disposition un GPS sociétal en état de marche. Ce que nous donnent les études qualitatives que nous menons tous les jours.

2. De nouvelles images des choses, des perspectives en continuité ou en rupture, en prolongement ou en décalage des courbes, diffusent dans le corps social. Ces images constituent les nouveaux horizons utopiques et sont présentées à tous comme susceptibles d’advenir. Le futur est d’abord un récit d’aujourd’hui, ancré dans notre histoire. Le futur nous doit tout.
Les évènements planétaires rythment la fantasmatique du monde : quelle courbe prolonger à partir de secousses médiatiques réinterprétées comme mythes fondateurs ? Tchernobyl 1986 a actualisé la peur de l’Apocalypse, la paranoïa de l’apprenti sorcier, l’angoisse de la perte de contrôle, La Chute du Mur de 89 a fait penser que l’homme pouvait réenchanter l’homme, mythe messianique, La mort de Lady Di 1997 a revigoré le mythe de la Princesse, Manhattan 11 sept 2001 a donné une légitimité à la paranoïa du terrorisme, actualisé les « conflits de civilisation », fondé un monde nouveau, La canicule de 2003… Le tsunami de 2004 … ont réactivé le mythe d’une colère de Gaïa…
A chaque fois des faits réels et des fantasmes collectifs rejoignent des schèmes qui sont dans l’esprit du temps. Peut-être n’ont-ils faits que rendre visible et tangible un légendaire qui n’attendaient que ces occurrences pour opérer leur retour et faire la une des medias. L’imaginaire du monde se nourrit de ces cataclysmes…Leur hyper-médiatisation ressemble à une accélération.

3. A un autre niveau, les classes sociales les plus favorisées, dupliquées à l’infini des papiers glacés et des sites Internet tendances, créent une dynamique du désir et de l’aspiration qui légitime un mimétisme intense. Les mises en scène « people » les plus ostentatoires,  le dévoilement spectaculaire et permanent, les révélations, les scoops sont des moteurs puissants de la fantasmatique sociale. L’enjeu pour beaucoup est de savoir si on va en être ou pas… La fracture sociétale se porte comme un charme. Qui peut encore croire qu’un mythe est une fable ou qu’un fantasme est une vue de l’esprit.  La grande fracture fantasmatique est une des horizons indépassables de notre avenir. Il y a là un vaste paradigme: riche/pauvre (en argent, en motivation, en désir d'indépendance, en capacité d'indépendance), puissant/misérable, branché/suiveur, / culture upstream , mainstream et culture underground. Conformismes, non conformismes, on/off. Comment écrire quoi que ce soit sans prendre en compte cet absolu de la société ? Etre maître de soi vs être esclave des images proposées par les médias ?

4. Quand chacun est soumis, subjugué, asservi à cet autre horizon – plus nouveau, lui, par contre – qu’est l’accumulation des connaissances, sa diffusion planétaire, quand  "les médias s'intéressent à tout" , la question se pose : la connaissance du monde est-elle une connaissance de soi ? L'abondance, le polymorphisme des informations changent-ils la donne? Les medias avaient un rôle de trieur de l'information, d'organisateur. Aujourd’hui: inversion du flux - on va picorer, sélectionner, trier soi-même... pour justement se construire soi-même d'une façon indépendante. Bricolage de ses propres mythes, réinvention plus libre de soi ? Ce qui renvoie au fait qu’il faut dépenser de l'énergie pour être soi-même. Dans le grand tout et le n'importe quoi ?  Est-ce de l'ordre de la cacophonie (qui rendrait à la limite illisible le discours des médias)? Ou est-ce une nouvelle grammaire de l'information dont les règles sont en train de s'élaborer?

5. Etre aujourd'hui obligé d'avoir une "vie publique" fait qu’on est amené d'avoir une sorte de marketing de soi si on veut rester dans la boucle sociale...

Quel angle d’attaque  pour parler des temps qui viennent ?

Voici quelques pistes :
1.1. Où l’on considère qu’un avenir proche relève tout autant de l’anticipation que de l’implication, que le futur est un commerce et où l’on s’interroge sur les sources  de l’avenir – ressources des futurologues…
1.2. Où l’on se demande  si les prospectivistes ont des visions ou des souvenirs et si des mythes oubliés ne se recyclent pas – parce qu’il est peut-être dans la nature de l’espèce de se reproduire elle-même et ses vieilles rengaines avec. Mais tout cela se fait en montant, probablement. Pas en descendant, on espère.
1.3. Où l’on constate une accélération des innovations, des inventions, des façons d’être et de faire et où l’on se demande d’où vient cette urgence : la machine s’est emballée. On constate que ce discours-ci se retrouve aussi bien dans les livres « sérieux » (Le Monde en 2050, Nicole Gnesotto), ou ceux qui relèvent peut-être d’une vision New-Age un peu « illuminée » (The Mystery of 2012 predictions, prophecies & possibilities – ouvrage collectif publié à Boulder Colorado –)
1.4. Où l’on se dit qu’il faut que les gens en aient envie pour que cela fonctionne. Le désir comme clef de l’avenir ?
1.5. Où l’on se dit que vivre le futur au quotidien est sans doute la démarche la plus excitante– ce qui implique de se faire une idée des utopies, des récits, des scénarios, des fictions qui vont mener le monde dans les années qui viennent..
1.6. Où l’on essaie enfin de se faire une idée de qui dit quoi, c'est-à-dire une Typologie des Prospectivistes de tous bords et de tous poils, professionnels ou amateurs, charlatans ou savants – puisque après tout les premières années de nos prochaines années sont avant tout la prise de parole de tous à tous moments.

Dans ce « roman chorale » du monde à venir notre partition sera celle des prochains scénarios de l’art des choses simples… à suivre donc

Christian Gatard

Les embarcations qui croisent dans les eaux de la prospective sont nombreuses : pas un jour sans  que n’apparaissent à un bout de l’horizon paquebot, barge, trirème, cargo, voilier ou pirogue, radeau ou péniche.